DISCOURS DU DOCTEUR L. J. BELLIVAU.


En se levant pour appuyer la 2e résolution, le Dr Bellivau dit qu'il ne s'attendait pas à l'honneur d'être invité à porter la parole en cette circonstance solennelle: il était venu serrer la main à nos fréres de la Nouvelle-Ecosse et écouter, applaudir les discours de nos vétérans de la tribune. Nous sommes chez nous, ici, dit-il, nous avons rencontré partout des amis, des fréres. J'ai pressé la main à des Bellivaus; leurs ancêtres sont les miens. Et c'est à plus d'un titre que nous sommes frères. Les souffrances et les épreuves qu'ont essuyées vos péres ont aussi été le partage de mes pères. La tourmente de 1755 a été un désastre commun aux uns et aux autres. Il est impossible à un cur acadien de parcourir pour la première fois les belles paroisses acadiennes de la Nouvelle-Ecosse sans se sentir pénétré d'émotion à la pensée que cette terre fut le berceau de l'Acadie et le théâtre des luttes et des persécutions du passé. J'ai hâte d'aller sur les ruines de Port Royal pleurer sur les malheurs de nos ayeux. Le cur saigne aux souvenirs que Port Royal, Grand Pré évoquent dans nos âmes. Nos péres ont arrosé cette terre de leurs sueurs, fécondé ces champs de leurs travaux intelligents, et aujourd'hui les enfants de leurs persécuteurs y vivent dans la prospérité. Je suis à me demander comment l'arbre acadien a pu pousser, grandir, se multiplier au milieu de cette fournaise ardente, de ces persécutions aussi incessantes que cruelles. Les branches ont été cassées, foulées, broyées sous les pieds du vainqueur; mais le tronc, soutenu de l'espérance et de la foi, est resté debout, puis après bien des années d'épreuves inénarrables, les racines ont repris vigueur; l'Acadie, ce pays si cher à nos curs, s'est trouvée en partie sauvée, régénérée, en plein espoir de vivre. La preuve, ou plutôt une des preuves, c'est l'enthousiasme avec lequel vous secondez le noble abbé Parker dans les efforts surhumains qu'il fait pour élever parmi vous ce beau Monument-Sigogne l'espoir de votre jeunesse. M. Parker sera le Lafrance de la Nouvelle-Ecosse.

Notre fête nationale, continue l'orateur, aura, je l'espère, un beau succès et des résultats pratiques. Nous nous en retournerons chez nous émerveillés, fiers de ce que nous avons vu ici. Et ceux qui pensaient qu'à l'expatriation le soleil se couchait pour ne plus reparaître sur le peuple acadien, s'ils étaient ici aujourd'hui, quelle ne serait pas leur surprise de voir que le cur acadien n'a pas cessé de battre, son âme d'espérer, et que chaque année nous apporte de nouvelles joies, de nouvelles espérances !

Mais je m'oubtiais. Je suis monté sur cette estrade pour seconder la motion proposée par mon ami le Dr LeBlanc, d'Arichat. Je suis heureux d'appuyer cette proposition et je le fais de toutes mes forces. Quoi ! messieurs, des écoles, des couvents maintenus par les sueurs, les sacrifices des Acadiens, où l'on n'enseigne pas le français ! C'est à nous, messieurs, de voir à ce que nos droits ne soient pas méconnus. Les autorités, quelles qu'elles soient, n'ont pas droit de nous enlever ce qui nous est cher. Nous avons eu chez nous, je parle particulièrement du diocèse de St-Jean, des avantages que vous n'avez pas eus ici; dans notre collège dans nos couvents, dans nos écoles, le français marche de pair avec l'anglais, et cependant personne ne s'en plaint, I'anglais n'est pas négligé pour cela.

Nous sommes Acadiens-Français; nous voulons rester Acadiens-Français, mourir Acadiens-Français. Il nous faut conserver cette belle langue française, seul héritage avec la foi que: nos pères nous aient legué ! Ils ont préféré abandonner leurs biens, plutôt que de renoncer au privilège de prier Dieu en français ! Suivons leur exemple. Celui qui cherche à m'enlever ma langue, en veut à ma foi et à ma nationalité. C'est un voleur de grand chemin, un esprit étroit; Il n'appartient pas à ce siècle de liberté.